Biographie


bio


MOUSQUETAIRE #2
SORTIE le 25.01.2018


Romain Humeau est né électron libre, jour de fête.
Chanteur, auteur, compositeur, multi-instrumentiste, arrangeur, réalisateur, un nouvel album constamment sur le feu, il n'arrête jamais…. Manière de vivre. Il sait aussi que la route a été et sera parsemée de succès ou d'échecs, selon… Ça lui va. L'essentiel pour lui, résidant ailleurs: dans ce qui est à faire. Regarder devant à coup de boussole sonique.

Humeau, c'est du hors pistes. Du hors temps.
Affranchi tant artistiquement que dans le mode opératoire, n'ayant que faire des modes et de l'entertainment, il cherche.
Rôle qu'il s'est donné le temps d'une première chanson à l'âge de onze ans et dont les mises en scène ne cessent dès lors de gagner sens et épaisseur.
Comme le chante son ami Bernard Lavilliers, pour lequel il a réalisé plusieurs albums et co-écrit plusieurs chansons (1), Romain "ne se situe pas". Il s'oriente. Prend plaisir. Il s'exige.
Tout comme il considère que son public est un semblable à caresser du bout des sons et surtout pas une cible.
Tout comme il est persuadé qu'Eiffel, son groupe de toujours, n'est pas une marque et devra se réinventer pour se donner le droit d'exister.

Fils d'un facteur de clavecins et d'une flûtiste/décoratrice, il acquiert très vite une culture éclectique, madrigaux de Gesualdo, Monteverdi, Bach, Louis Armstrong, Beatles, Buzzcocks, Brel, Higelin, Cure, Depêche Mode, Kinks, Coltrane, Monk, Damon Albarn, Bowie, Pixies, Brian Wilson…
Il apprend le violon à six ans, la guitare puis la batterie, forme à treize ans son premier group (Peanuts) avec son ami d'enfance Philippe Uminski.
Puis au conservatoire de Toulouse, il étudie harmonie-contrepoint, composition, batterie, guitare, percussions, classes de jazz, histoire de l'art tout en écrivant ses chansons et montant divers groupes de rock avec lesquels il arpente clubs, bars de la ville rose et alentours.

Quand il gagne Paris en 1995 et forme Oobik & the Pucks avec Estelle (sa compagne) et le batteur Nicolas Courret, la première mouture du futur Eiffel est posée.
Eiffel, naissant des cendres d'Oobik, écrit depuis l'histoire d'un groupe qui de par sa structure et l'entente de ses quatre membres (Nicolas Bonnière les rejoint en 2008), semble fait pour durer, contre vents et marées, sans forcer, quand l'envie est là…. Et elle y est.

Mais Romain a toujours eu la franchise de dire qu'il n'écrivait ni pour Eiffel, ni pour lui même ni pour quelque projet concret que ce soit: il écrit.
Régulièrement. Qu'une chanson puisse en nourrir une autre. Jeter, garder, peu importe: chercher toujours.
À l'instar de certains de ses pairs, il a la sensation qu'une chanson existe déjà dans l'air.
Papillon dont il aurait en charge la révélation.
Manière de vivre avec lui même, pour et avec les autres.

Inutile de lui demander "pourquoi Eiffel?" Ou pire, "pourquoi Romain Humeau?". Il vous répondra: "à cause des mouches".
Son originalité (attirant fans Ahuris, repoussant détracteurs), pourrait en partie se nicher dans une différence de langage harmonique: emprunt quasi systématique au polymodal sans occuper le premier plan, comme une bizarrerie, un trompe oreille ; ainsi qu'à une tension punk subliminale quelle que soit la direction musicale empruntée.
Tendu, oui, et suivant l'adage de Cocteau, c'est un défaut qu'il cultive.
Loin des travers virilo-heavy qu'il abhorre, ses héros de toujours étant Bowie, Albarn, Lennon/Mc Cartney, Franck Black et Brel, il cherche du côté féminin, une forme d'érotisme et transgenre sonore.
Un absolu, multi-dimensionnel et inaccessible. L'anti sédentarité musicale, le contre hook.
Prévert, Céline, Burrough, Yourcenar, Vian, Calaferte ou Teulé entre autres comme autant d'univers croisés.
Quand ses chansons se meuvent en Eiffel, elles passent par le prisme de Nicolas Courret, Nicolas Bonnière et Estelle Humeau.
La matière première reste quasiment immuable, travaillée en éclatements pour un final centré.
En revanche, pour ses albums solo, il ne se fixe aucune limite d'utilisation instrumentale, une autre forme d'aventure...
Prenez Mousquetaire #1 (Marjane, Something I can't Touch, No one wins, Paris, Politkovskaïa) et "Vendredi ou les limbes du Pacifique", son adaptation musicale du roman de Michel Tournier (2), il prétend n'avoir rien fait et que tout est à venir.
Quand on aborde sa discographie, de l'album d'Oobik aux six d'Eiffel en passant par ses quatre albums solo, sans parler de ses multiples collaborations (3), il préfère causer d'un nouveau groupe à monter, du prochain Eiffel ou prochain solo, d'un recueil de poésies ("À tombeau ouvert") ou d'un projet fou-rêvé avec son ami réalisateur Alexandre Plank (4).
De plus en plus à l'étroit dans les couloirs du business musical, il décide de monter un label avec Guillaume Sciota, son manager, et Estelle Humeau: Seed Bombs Music. Il s'y arrime en équipe.
Sainement et dans l'anti cynisme. Prise de risque optimum, il le sait, mais nécessaire pour que tous ses projets, dont Eiffel voient le jour.
L'acte de naissance du label Seed Bombs Music (https://www.facebook.com/romain.humeau1/posts/1433076506769443) est à ce titre explicite,: "permettre de sortir les disques pensés et désirés aux moments désirés en sortant des sentiers et plannings conventionnels, ainsi que des vieux principes offre-demande, création d'attente".

Aussi heureux d'être dans son studio (Studio des Romanos) que sur scène (près de 700 concerts à son actif), en solo, avec Eiffel ou d'autres, il entrevoit le positif généré par la descente aux enfers de l'industrie du disque. Chemins et manières étant à réinventer.

MOUSQUETAIRE #2

L'idée "Mousquetaire" en deux volets n'étant pas de lui mais de son ancienne maison de disque (30 chansons devaient initialement sortir en même temps), il transforme Mousquetaire #2 en une suite plus acérée que prévue.
Plus dure et Hip Hop: "Chercher", "Nippon Cheese Cake" en gardant ses élans Petit Prince: "Quixote", "Loveless", "Tram Track to the blue". Il se permet aussi ce dont il rêvait: écrire une Bamba ("Trop nul pour mourir") et quelques brûlots punks Outkastiens ("Rob the robbers", "Tabloïds").
La contrainte ayant façonné d'autres envies, il livre un deuxième volet foutraque, encore plus décomplexé et libre que le précédent.
Tout auditeur un peu sportif s'apercevra qu' étonnamment, tout convole en parfaite homogénéité.
"In oleo Balneat".
Un de ses maîtres mots étant de ne pas "se ressembler"….. Bien sûr, il y a la voix d'Eiffel, mais l'aventure proposée ne serait-ce que vocale est multiple: voix de tête, féminine ou enfantine, cassée et grave, claire et puissante, fragile et haletante… c'est selon. On est au cinéma.
Il y a comme du Walt Disney dans ce Mousquetaire #2….
D'un circacien "Do the math" (…Et je traîne mon fantôme…) écrit au matin des attentats contre "Charlie Hebdo", aux panics attack de "Nippon Cheese Cake" (…si peu de vie pour tant de mort…), on circule d'écriture glacée et journalistique en tendresse-fleur bleue d'un Quixote héroïque (… j'allais où tu allais faire tes contes d'enfants…).
De l'acerbe "Tabloïds" (… le monde te sniffe comme cocaïne…) aux nuits dépravées "Naked lunch" (…autant en enfer, aller plus loin que le dessert…), on sent le besoin de se faire peur, de jouer dans le noir pour conjurer choses vécues, en revenant toujours à un bouton d'or: le Mitsoukien "Smartly Stupid" (… J'fais des nus artistiques avec Mona Lison…).
Comme si dans ses chansons, un rire enfantin et déluré (quelque peu sarcastique tout de même….) faisait constamment face à un monde d'ennui numérique et normalisé. La guerre des boutons 2017. Luciole contre clic.
Là où certains sourds n'avaient entendu en Eiffel ou Romain qu'un nième rock français engagé et criard, la forte distanciation fond/forme dans l'écriture de Mousquetaire #2 devrait, si besoin est, remettre les mots à leur place.
Jeu d'acteur: Romain méchant, amoureux, salopard, benêt, truand, winner, mal aimé, femme, homme, transexuel ("Tryin' to be a girl) etc...
De Pasolini à Quick et Fluke.
Se permettant de brouiller les pistes en duo avec le rappeur billY boY sur la moquerie "Rock the rockers" (sous perf Cibbo Matto/Gorillaz). Chanson dont le titre évoque à lui seul 70 années de trémoussement jerk , de "Rock your body" "Rock your baby" à "Rock the Casbah", "Rock the house" pour un retour à l'envoyeur: se gausser de lui même, rocker qu'il ne prétend pas être. On goûtera ici au flow de l'excellent billY boY.
Et puis il y a "Chercher". Texte fleuve. Beaucoup moins cryptique qu'une première écoute pourrait le laisser croire: un manifeste comme Romain peut en écrire ("Je m'obstine" d'Eiffel au récit musical d'un autre genre).
La vieille question du sens (ou non sens) de la présence humaine dans l'univers….
On convoque l'influence Ferré ("Le conditionnel de variété", "Le chien"), une envie d'ouvrir grand les portes harmoniques et poétiques. De se "dépasser" ("S'enflammer" 2006).
On pense aussi au "Locataire" de Polanski, film construit en ouvert-fermé comme la chanson "Chercher".
Où l'on croit avoir quitté la pièce pour d'autres galaxies, quand en toute fin, on se surprend à reconnaître le point initial. Et plus infime encore:
"J'ai cherché…. dans les siècles-guerre où la mélodie de ce flot d'éternité tout petit que voilà."

Poupées Russes, constructions d'Escher et nouvelles extraordinaires....

Avec "Mousquetaire #2", peut-être est-ce à son insu mais de manière définitive que Romain Humeau s''affiche comme "artiste à prendre ou à laisser".
Certains laisserons. Ceux qui prendront pourraient bien s'en amouracher à vie
Ça lui va toujours.

Romain Humeau
Né le 10/04/71 à Aix en provence
Vit dans le lot et garonne (Nérac) à partir de 1977
Etudie au Conservatoire de Toulouse de 1989 à 1994
Vit à Paris de 1994 à 2002
Vit actuellement à Bordeaux

2001: EIFFEL /Abricotine
2002: EIFFEL/ Le 1/4 d'heure des Ahuris
2004: EIFFEL/ Les yeux fermés
2005: ROMAIN HUMEAU/ L'éternité de l'instant
2007: EIFFEL/Tandoori
2009: EIFFEL/ À tout moment
2012: EIFFEL/ Foule Monstre
2015 (2): ROMAIN HUMEAU/ Vendredi ou les limbes du pacifique
2016: ROMAIN HUMEAU/ Mousquetaire #1
2018: ROMAIN HUMEAU/ Mousquetaire #2
2018: EIFFEL/ Album à venir

COLLABORATIONS (3):

- Bernard Lavilliers (1):
2017: Réalisation de 4 chansons de l'album à venir "Cinq minutes au Paradis". Co écriture musique de "Croisière Méditerranéenne"
2014: Réalisation de 7 titres de l'album "Baron Samedi". Ecriture musique de "Vague à l'âme" et "Jack". Co écriture musique de "Tête chargée" et "Scorpion".
2015: Réalisation de l'album "Acoustique"

- Alexandre Plank (4) : (Réalisateur radio, traducteur et metteur en scène) propose à Romain en 2014 d'écrire une adaptation musicale de l'oeuvre littéraire de son choix. Romain choisit "Vendredi ou les limbes du pacifique" de Michel Tournier. Alexandre et Romain se lient d'amitié et imagineront d'autres projets. Dont celui d'une version anglaise et allemande… À suivre…

- (2) Ecriture et réalisation de l'adaptation musicale de "Vendredi ou les limbes du pacifique" dont Denis Lavant est le narrateur (Disque et représentations publiques, Festival d'Avignon, Maison de la poésie…) (2015)

- Arrangements cordes de "L'oraison" des Têtes raides (2005) - Arrangements cordes de "Des visages des figures" de Noir désir (2001)

- Arrangements cordes de "Son absence" et "Tout va mieux partout" de Lady Sir (Gaetan Roussel et Rachida Brakni) (2017)

- Arrangements cordes de toutes ses réalisations pour Bernard Lavilliers (2014/2015/2017)

- Duo avec Phoebe Kildeer sur "Chaos of myself" d'Eiffel (2012)

- Duo avec Bertrand Cantat sur "A tout moment la rue" (2009) et "Lust for Power" d'Eiffel (2012)

- Duo avec les Hurlements d'léo sur "Le limon" de Mano Solo (2016)

- Remix des "Enfants du Pyrée" pour Dominique A (2001)

- Remix de "Love what you do" pour Divine Comedy (2001)

- Ecriture de "Souvenirs de régiment" pour la pièce de Damien Pouvreau "2710 jours de ma jeunesse" (2015)

- Participe à l'enregistrement ainsi qu'à l'écriture de certaines chansons de "Présence Humaine" de Michel Houelbecq. (2000)

- Arrangements cordes du projets "1,2,3 Soleils" (Khaled, Rachid Taha, Faudel) (1998)

- À la demande de Didier Varrod (Radio France), arrangements et direction musicale de la soirée 100 ans de Léo Ferré avec Catherine Ringer, Bernard Lavilliers, Cyril Mokaiesh, Arno, Katerine, Tim Dup, Maissiat….etc…) (2016)

 

 

Fiction Pop
« Vendredi ou Les limbes du Pacifique »
d'après l'œuvre de Michel Tournier
Musiques : Romain Humeau
Récitant : Denis Lavant
Réalisation : Alexandre Plank

Diffusion sur France Culture le dimanche 28 juin à 21h. Sortie en CD digipack et Digital le lundi 29 juin. Représentation publique au festival d’Avignon le vendredi 17 juillet.

« En septembre 1759, le navire "La Virginie" fait naufrage. Seul rescapé, Robinson se retrouve sur une île déserte, livré à lui-même. Sa solitude va le contraindre à faire preuve d'ingéniosité, de persévérance et de courage, afin de survivre dans ce monde sauvage. Jusqu'au jour, un vendredi, où un autre être humain fait son apparition sur l'île : avec Vendredi, il va faire l’apprentissage d’une vie nouvelle, en harmonie avec la nature."

Parution en 1967 de Vendredi ou Les limbes du Pacifique, premier livre de Michel Tournier couronné par le grand prix de l'Académie française.

Romain Humeau est un artiste polymorphe. Ce fils de facteur de clavecin passé par le conservatoire (violon, premier prix d'harmonie/contrepoint et de batterie, histoire de l'art, classe de jazz) est curieux de tout, il dévore la vie et multiplie les projets.

Une œuvre débutée il y a maintenant 20 ans, lorsque Romain quitte Toulouse pour monter son premier groupe à Paris, avec sa femme Estelle, musicienne baroque rencontrée dans l'atelier de son père. Après un album et un changement de line-up Oobik & The Pucks se rebaptisera Eiffel.

Depuis, Eiffel a arpenté les salles et festivals de France, se forgeant une réputation scénique abrasive et un public fidèle. L'auteur-compositeur-interprète (il réalise et mixe également ses albums) a aussi laissé une discographie abondante : 5 albums et un live sous le nom d'Eiffel, près de 200.000 disques vendus et un premier album solo en 2005, annonciateur de celui qu'il prépare actuellement et qui verra le jour en 2016.

En parallèle, on le voit collaborer avec Noir Désir pour des arrangements sur 'Des visages, des figures', avec les Têtes Raides 'Fragile', Dominique A ou plus récemment les Hurlements de Léo. Bernard Lavilliers fait appel à lui pour réaliser une grande partie de l'album 'Baron Samedi' dont il composera également trois chansons. Il se verra également confier l'année dernière la réalisation et les arrangements de l'album 'Acoustique' où il revisite quelques-unes des plus belles chansons du Stéphanois.

En 2013, Romain est en pleine tournée avec Eiffel et travaille en parallèle avec Bernard Lavilliers, quand le réalisateur Alexandre Plank et Romain Méril le contactent au nom de France Culture pour lui proposer de composer et interpréter sa « vision » musicale d'une œuvre littéraire de son choix dans le cadre d'une nouvelle collection produite par les Fictions de France Culture avec l’Orchestre National de France, « Fictions Pop ». Romain choisit 'Vendredi ou Les limbes du Pacifique' de Michel Tournier. Le texte sera adapté par Pauline Thimonnier et interprété par Denis Lavant, dirigé par Alexandre Plank qui nous fera pénétrer avec sa voix unique dans l'univers de Robinson. La création radiophonique sera réalisée pour la radio par Alexandre Plank, la réalisation musicale par Romain.
En parallèle de la musique instrumentale qu'il a écrite pour le récit, Romain signe et interprète huit chansons qui font écho au texte.
Le projet a été enregistré pour partie au studio des Romanos (le superbe studio bordelais des Humeau) et dans les studios de la Maison de la Radio avec l'Orchestre National de France et un groupe composé de Romain et deux musiciens, Nicolas Bonnière, fidèle guitariste d'Eiffel et « bidouilleur », ainsi que le nouveau venu Guillaume Marsault à la batterie.
Dès que l'idée de sortir un disque de cette émission est apparue, Romain a souhaité confier l'illustration à Rebecca Dautremer : "Pour sa poésie, sa folie et son imaginaire parfois brueghelien".

Le projet sera diffusé sur France Culture le dimanche 28 juin à 21h et une représentation publique aura lieu le 17 juillet à 20h dans le in du Festival d'Avignon, avec Denis Lavant, Romain Humeau et les musiciens dans la cour du Musée Calvet.
 

Romain HUMEAU

 

Quand j'ai proposé "Vendredi ou Les limbes du Pacifique" à Alexandre Plank, il m'a tout de suite dit : "Il faut qu'il y ait des instrumentaux sous la narration, mais il faut absolument que tu écrives aussi des chansons !" J'avoue avoir été assez effrayé à l'idée de "dire" à ma manière certains passages du fameux livre de Michel Tournier. Tout ça pouvait être téméraire et même arrogant.
Exauçant les vœux d'Alex, je me suis tout de suite dit: "Restons légers, naturels". J’ai, de fait, tout écrit très vite, musique et textes en deux semaines, venant de relire deux fois l'œuvre et l'ayant déjà lue deux fois auparavant.
Les grands axes décidés avec Alex étant "l'aliénation d'un homme" (avec tous les échos possible à notre société actuelle, individualiste), "la métamorphose d'un mec" (l'adaptation) et surtout : "l'autre" (arrivée de Vendredi sur l'île), m'étant dit que je ne me gênerais absolument pas pour parcourir une grande partie des territoires musicaux que j'aime et dans lesquels je baigne quotidiennement (musique africaine, hip hop, musique baroque, renaissance, jazz, pop, hardcore et hunk…), je me suis amusé, avec sérieux, à faire de même pour les textes.
Certains étant en anglais car Robinson est anglais… ce n'est pas rien, the invaders… Pour ne citer que "Friday" qui, en filigrane, évoque "l'autre" par le prisme de l'esclavagisme, le fait qu'elle soit en anglais à la première personne (celle de Robinson) est plus que volontaire.
Je voulais un "Bunk off school" ayant la légèreté de l'école buissonnière..., sexe en plein air, et comme j'avais en tête la référence à "Mr Postman" des Marvelettes, l'anglais n'était qu'évidence à mes oreilles. Pour d'autres comme "Errons dans des landes ou rien ne s'interpose à mes lubies", c'était plus slam, africain, et je voulais évoquer Tenn, le chien de Robinson, m'apercevant une fois écrite que la chanson était en français … Comme dans les films où le figuralisme thématique prend le pas, il y a sans cesse un leitmotiv sur trois notes que l'on retrouve à peu près tout le temps, sur les instrumentaux et chansons : c'est celui de "Loneliness". Il est bien sûr harmonisé et mis en son de manière différente à chaque fois, comme un fantôme omniprésent dont on croirait apercevoir, à chaque recoin, un bout de robe blanche.
 

 

Alexandre PLANK

 

bioLa première rencontre avec Romain Humeau fut décisive. Il ne fallut pas plus de cinq minutes pour le convaincre du projet et décider avec lui d’une œuvre majeure, car cette œuvre était déjà, depuis un bout de temps, un terreau fertile pour son travail d’artiste. Vendredi ou Les limbes du Pacifique de Michel Tournier, ouvrage connu de chacun, est un livre qu’il a découvert au lycée, et qui a ouvert chez lui les portes d’un monde d’images, de couleurs et d’anecdotes infinies. Ce livre, sans cesse relu, résonne en lui comme l’appel d’un retour à la nature et à ses valeurs fondamentales qui affleure par le parcours d’un homme, Robinson, seul rescapé d’un naufrage sur une île vierge et inconnue. Il s’agissait avant tout de ressentir la traversée à la fois mentale et physique d’une immense solitude et d’un terrible isolement. Notre ligne était trouvée : travailler, adapter, écrire et composer à partir des divers états intérieurs et des différentes formes de déchéance, de renaissance, d’extrémisme que connaît Robinson dans le roman de Michel Tournier. Avancer musicalement à partir des états limites que le héros traverse sur l’île de Speranza jusqu’à sa sublime et définitive révélation finale, celle du don de son être au dieu soleil.

D’un point de vue musical, Romain Humeau traduit une telle plongée par la multiplication des couleurs, des rythmes et des instruments. Chaque étape de la vie de Robinson sur l’île est développée par une nouvelle facette musicale et, c’est dans l’accumulation qu’apparaît peu à peu le portrait bigarré d’un homme successivement désespéré et combatif, atteint de frénésie animale et sauvage ou habité par une rationalité fanatique, croyant d’abord en un dieu né des hommes puis se vouant corps et âme à la toute-puissance des éléments de la nature et en premier lieu, du soleil… Composées avec beaucoup de poésie, les chansons de Romain Humeau sont venues trouer le récit, créant une alternance riche d’émotions et d’imaginaires, un rythme fort donnant forme à une création radiophonique unique.

Afin cependant de ne pas éparpiller le sens tout en déployant les sensations, le choix d’une seule voix pour donner à entendre le récit s’imposa comme une évidence : une voix portant une narration omnisciente, relatant les évènements au passé, tout en s’octroyant des incursions au présent, comme au cœur des pensées de Robinson. Il s’agissait là aussi de respecter la forme du roman de Michel Tournier qui se construit entre récit et extraits de log-book, le journal de bord du héros. Denis Lavant, dont la réputation n’est plus à faire, nous fit l’honneur d’accepter de prêter sa voix et l’inventivité de son jeu à cet exercice hors du commun. Il donna vie à notre Robinson, et c’est ainsi que, baignés de mots et de musiques, nous inventâmes une nouvelle traversée tout en ne cessant de reconnaître et de retrouver l’univers et l’écriture de Michel Tournier qui avaient tant alimenté nos rêves.

Alexandre Plank a étudié la philosophie à l'Université du Bauhaus de Weimar et la dramaturgie à l'École Supérieure du Théâtre National de Strasbourg. Au théâtre, il a entre autres travaillé avec Matthias Langhoff, Stéphane Braunschweig, Christophe Rauck, Célie Pauthe et Jacques Osinski. Il travaille pour France Culture depuis 2009. Il y produit et réalise des fictions et des documentaires. En fiction, il a réalisé de nombreuses émissions à partir de textes français et étrangers, principalement axés autour de questions politiques et sociales (Love and Money de Denis Kelly, The Power of Yes de David Hare, Europe Connexion et Pulvérisés d'Alexandra Badea, Krach de Philippe Malone…) Il a également réalisé pour la chaîne plusieurs émissions en public, que ce soit au Théâtre de la Ville, au Festival d'Avignon ou au Palais de Tokyo (Griboïedov's Burning Blues avec le groupe Moriarty, Tokyo is on the air, une fiction participative pour les 50 ans de France Culture…)
 

 

Denis Lavant

 

bio Formé au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, Denis Lavant a notamment travaillé avec les metteurs en scène Antoine Vitez, Matthias Langhoff, Pierre Pradinas, Hans Peter Cloos, Bernard Sobel et Dan Jemmet.
Citons dernièrement :
2015 « Elisabeth II », de Thomas Bernhardt, mis en scène par Aurore Fattier (Théatre de Namur).

2014 « Faire danser les alligators sur la flûte de Pan », mis en scène par Ivan Morane (Festival d'Avignon et Théâtre de l'Œuvre), Molière 2015 du Meilleur Seul en Scène. 2014 « Andromaque 10-43 » d’après Racine, mise en scène de Kristian Fredric, Théâtre du Grütli (Genève).
2013 « Tabac rouge », de et mise en scène de James Thiérrée, Théâtre National de Nice, Théâtre de la Ville. 2013 « Les amours vulnérables de Desdémone et Othello » de Manuel Piolat-Soleymat et Razerka Ben Sadia-Lavant d’après Shakespeare, mise en scène de Razerka Ben Sadia-Lavant, Théâtre de Nîmes.
Au cinéma, il est le comédien emblématique du réalisateur Leos Carax, depuis « Boy meets girl » en 1983 jusqu’à « Holy Motors » sorti en 2012. Il a également joué, entre autres, sous la direction de Patrice Chéreau, Diane Kurys, Jean-Pierre Jeu, Claude Lelouch, Claire Denis, Harmony Korine, Arnaud des Palières, Wolfgang Becker, Mehdi Charef, les frères Larrieu, et Emmanuel Bourdieu.
Il participe à de très nombreuses fictions à France Culture.

 

 

France Culture / Fiction POP – Tournier / Humeau

 

« Fiction Pop » est une nouvelle collection produite par les Fictions de France Culture, en partenariat avec la Direction de la Musique. Il s’agit de rapprocher le monde des fictions de celui de la création sonore et musicale en provoquant une rencontre inédite entre un auteur et des artistes de la pop, du rock, de la chanson et de l’électronique. Le parti pris est clair : mêler textes classiques et musiques actuelles, afin d’inventer des ponts, imaginer des expériences narratives, musicales et sonores inédites. Nous avons voulu, par l'entrelacement d'un texte, d'une musique originale et de chansons inédites, partir à la recherche d'autres manières de raconter de grandes histoires et des mythes, pour leur redonner vie et sens.

Pour ces « Fictions Pop », nous proposons donc à des musiciens talentueux que nous choisissons de s’associer à la réalisation d’une œuvre radiophonique inédite à partir d’un texte essentiel à leurs yeux. Ce texte sera adapté et interprété par de grands acteurs. Dans la perspective d’un projet purement radiophonique, nous proposons à cet artiste – ici Romain Humeau associé au réalisateur Alexandre Plank - de composer une musique originale et des chansons inspirées de l’œuvre littéraire, en l’incitant aussi à écrire pour l’une des quatre formations musicales de Radio France : l’Orchestre national de France, la Maîtrise, le Chœur ou l’Orchestre Philharmonique de Radio France. « Fiction Pop » pousse le plus loin possible la collaboration entre un musicien, un réalisateur et un auteur pour une création radiophonique originale.

Vendredi ou Les limbes du Pacifique, de Michel Tournier, mis en musique par Romain Humeau, réalisé par Alexandre Plank, adapté par Pauline Thimonnier, proposé par Romain Méril et Alexandre Plank, est le premier opus de cette collection*, enregistré avec l’Orchestre National de France, les musiciens de Romain Humeau et un interprète d’exception : Denis Lavant.
La version radiophonique de Vendredi ou Les limbes du Pacifique a donné naissance à un disque. Elle est reprise en direct et en public dans une forme adaptée et plus légère (sans l’ONF) au Musée Calvet au Festival d’Avignon, le 17 juillet 2015.

Blandine Masson
Conseiller de programmes pour la Fiction
France Culture

*A venir : Syd Matters avec l’Enfer de Dante.
 

 

« Vendredi ou Les limbes du Pacifique » sortie en CD digipack & digital le lundi 29 juin

Contact promo : PIAS France Tel : 01 44 53 71 33
France Culture Claude-Agnès Marcel 01 56 40 21 40

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